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Proches aidants et organisations lucratives : ce que le Parlement examine, et ce que disent les chiffres

Depuis 2019, un proche aidant employé par une organisation d'aide et de soins à domicile peut voir ses prestations facturées à l'assurance obligatoire. Un marché s'est formé. Sept objets parlementaires déposés entre mars 2024 et janvier 2026 le prennent pour cible, et deux motions sont encore pendantes devant le Conseil national. Le débat oppose organisations lucratives et non lucratives — sans jamais chiffrer l'écart. Cette page le chiffre, sur les 1'359 organisations du relevé fédéral.

D'où vient le dossier

Le Tribunal fédéral a jugé le 18 avril 2019 (ATF 145 V 161) que les soins de base dispensés par un proche aidant employé par une organisation reconnue peuvent être facturés à l'assurance obligatoire des soins. Des organisations se sont constituées sur ce seul modèle. Selon l'interpellation 25.3662, les assureurs ont versé plus de 150 millions de francs en 2024 au titre des prestations fournies par des proches aidants.

Ce que le Parlement demande

La motion 26.3013, déposée le 27 janvier 2026 et toujours pendante, demande deux choses au Conseil fédéral : obliger les cantons à retenir des critères de qualité contraignants lors de l'admission des organisations qui emploient des proches aidants — critères valant autant pour l'assurance obligatoire que pour le financement résiduel ; et permettre aux cantons de limiter à un ou quelques prestataires par région la faculté de facturer à l'assurance obligatoire des soins fournis par des proches.

La motion 24.4353, elle aussi pendante, vise la protection de ces employés par le droit du travail. Les cinq autres objets sont liquidés, mais ils dessinent la même ligne : une réglementation trop hétérogène d'un canton à l'autre.

Ce que répond le Conseil fédéral

Sa position est constante : la réglementation de l'aide et des soins à domicile relève des cantons, en vertu de l'art. 112c al. 1 de la Constitution. Il estime que les instruments existent déjà — l'art. 58g OAMal fixe des exigences de qualité que les cantons peuvent préciser dans la procédure d'admission, et un financement résiduel différencié leur permet d'éviter des bénéfices indûment élevés. Dans son rapport du 15 octobre 2025, il reconnaît la nécessité d'agir et adresse des recommandations aux cantons.

Autrement dit : que la motion passe ou non, c'est au niveau cantonal, et par l'admission, que la régulation se jouera. Vingt-six procédures, vingt-six pratiques — et aucune vue d'ensemble publique du champ concerné. C'est celle que ce site tient.

Les chiffres que le débat ne donne pas

Le relevé de l'OFSP distingue le statut juridique de chaque organisation. En regroupant les 1'359 organisations selon leur but, un profil net apparaît — et il ne dit pas tout à fait ce que l'on suppose.

GroupeOrganisationsRecettes / heureDont canton Heures / clientClientsEPTPersonnel tertiaire
À but lucratif 7758624 151,3474,9 30,6 %
À but non lucratif 51010134 70,2521412,95 40,8 %
De droit public 7411346 62,95207,512,95 41,95 %

Ce que ce tableau montre

⚠️ Ce que ces chiffres ne disent pas. Le relevé de l'OFSP n'indique pas quelles organisations emploient des proches aidants : cette information n'existe dans aucune statistique publique. Le but lucratif est un indicateur, pas une preuve — beaucoup d'organisations lucratives n'ont rien à voir avec ce modèle, et la corrélation observée ici décrit un groupe, jamais un cas particulier. Aucune organisation nommée sur ce site n'est mise en cause. Les chiffres sont ceux, non retraités, du relevé fédéral 2024.

Où le marché lucratif pèse le plus

Part des organisations à but lucratif dans le total cantonal, pour les cantons comptant au moins quinze organisations.

CantonPart lucrativeOrganisations
Tessin 83 % (60)72
Genève 77 % (17)22
Bâle-Ville 68 % (38)56
Zurich 65 % (162)250
Argovie 63 % (76)120
Berne 63 % (118)187

Suivre le dossier

Les sept objets, avec leur état au 4 septembre 2026. Les liens pointent vers Curia Vista, la base officielle du Parlement.

ObjetTypeIntituléÉtat
26.3013
2026-01-27
MotionSoins prodigués par des proches. Assurer la qualité et renforcer le pouvoir de planification dans le cadre de la procédure d'admission des organisations d'aide et de soins à domicile Pendante — planifiée au Conseil national
25.4431
2025-12-02
InterpellationEncadrement du temps de travail des proches aidants employés par les organisations de soins à domicile Liquidée
25.3662
2025-06-18
InterpellationExplosion du marché des services d'aide et de soins à domicile pour les proches aidants Liquidée
25.3471
2025-05-07
InterpellationAide et soins à domicile. Comment le Conseil fédéral garantit-il la qualité et l'égalité de traitement en ce qui concerne le financement des prestations fournies par les infirmières de pratique avancée APN ? Avis du Conseil fédéral disponible
24.4353
2024-12-12
MotionSoumettre les proches aidants employés par une entreprise de soins à domicile aux principes du droit du travail Pendante — planifiée au Conseil national
24.4031
2024-09-26
InterpellationRéglementer de manière uniforme les prestations d'assistance et de soins à domicile Liquidée
24.3092
2024-03-06
PostulatServices d'aide et de soins à domicile. Escroquerie avec des assistants pour personnes âgées en provenance d'Europe de l'Est Liquidé

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Questions fréquentes

Un proche aidant peut-il être payé pour s'occuper d'un parent ?

Oui, à une condition : être employé par une organisation d'aide et de soins à domicile reconnue. Le Tribunal fédéral l'a jugé le 18 avril 2019 (ATF 145 V 161) : seuls les coûts qui seraient occasionnés par des soins prodigués par des employés d'une telle organisation peuvent être facturés à l'assurance obligatoire. Un proche qui aide sans ce cadre n'est pas rémunéré par l'assurance.

Une organisation à but lucratif coûte-t-elle plus cher au patient ?

Pas à l'heure. À la médiane, la part à charge du client est de 6 CHF par heure dans les organisations lucratives, contre 10 CHF dans les non lucratives. Mais le nombre d'heures facturées par client y est plus du double, ce qui fait monter le total annuel.

Le Parlement va-t-il interdire ce modèle ?

Aucun objet ne demande une interdiction. La motion 26.3013 demande des critères de qualité contraignants à l'admission et la faculté, pour un canton, de limiter le nombre de prestataires autorisés par région. Elle est pendante devant le Conseil national ; le Conseil fédéral estime que le droit en vigueur suffit déjà.

Qui décide, la Confédération ou le canton ?

Le canton. Le Conseil fédéral rappelle que la compétence découle de l'art. 112c al. 1 de la Constitution, et que c'est dans la procédure d'admission et par le financement résiduel que les cantons disposent de leurs leviers.

Sources

Publié le 2026-09-05 · Dernière mise à jour le 2026-09-04